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Le Journal de la Cosmétique

Décryptage — la science des formules
Sources publiques citées, marques non consultées

Décryptage · Méthode

Ingrédients cosmétiques : notre guide complet pour décrypter la liste INCI

Une personne examine le flacon d’un produit cosmétique dans le rayon d’un magasin
Lire la composition avant d’acheter : le geste que la liste INCI rend possible. Photo Federico Garcia / Unsplash

L’essentiel en 30 secondes

La liste INCI est la nomenclature internationale des ingrédients cosmétiques. Obligatoire en Europe depuis 1998, elle classe les ingrédients par ordre décroissant de concentration, en latin pour les extraits végétaux et en anglais pour les substances chimiques.

  • Les cinq à six premiers ingrédients disent la vraie nature d’une formule ; en dessous de 1 %, l’ordre devient libre.
  • Une concentration élevée n’est pas une garantie d’efficacité : beaucoup d’actifs agissent à faible dose.
  • « Naturel » n’équivaut pas à « sûr » : c’est la dose, la stabilité et la pureté qui comptent — pas l’origine.
  • Ce que l’INCI ne dit pas : les concentrations exactes, la qualité des matières premières, l’efficacité réelle du produit fini.

Ce qu’est la liste INCI, et pourquoi elle existe

Avant l’INCI, un même ingrédient pouvait porter cinq noms commerciaux différents selon la marque et le pays. Comparer deux crèmes relevait de la divination.

La liste INCI — International Nomenclature of Cosmetic Ingredients — a été créée en 1973 par la Cosmetic, Toiletry and Fragrance Association (CTFA) aux États-Unis, avec un objectif simple : donner à chaque ingrédient cosmétique un nom unique, identique partout dans le monde.

En Europe, son affichage est devenu obligatoire en 1998, avec la directive cosmétique, avant d’être repris par le règlement (CE) n° 1223/2009 qui encadre aujourd’hui l’ensemble du marché. Résultat : la liste que vous lisez au dos d’un flacon acheté à Paris est écrite dans le même langage qu’à Berlin ou à Séoul.

  1. 1973

    Création de la nomenclature INCI par la CTFA aux États-Unis.

  2. 1998

    L’affichage de la liste devient obligatoire en Europe.

  3. 2009

    Le règlement (CE) n° 1223/2009 harmonise et renforce les règles.

  4. 2013

    Entrée en application pleine du règlement ; base CosIng ouverte au public.

Les quatre règles de nomenclature à connaître

1. Latin pour le végétal, anglais pour le chimique

Un extrait végétal porte son nom botanique latin : BUTYROSPERMUM PARKII désigne le beurre de karité, ALOE BARBADENSIS l’aloe vera. Une substance chimique porte son nom anglais : ASCORBIC ACID pour la vitamine C, SODIUM CHLORIDE pour le sel. Cette seule distinction vous dit déjà, d’un coup d’œil, la nature de ce que vous lisez.

2. Ordre décroissant de concentration

Les ingrédients sont classés du plus concentré au moins concentré. Les cinq à six premiers représentent l’essentiel de la formule — souvent plus de 80 %. Si AQUA ouvre la liste, vous avez entre les mains un produit majoritairement aqueux, ce qui est le cas de la plupart des crèmes et sérums.

3. La règle du 1 %

En dessous de 1 % de concentration, l’ordre devient libre. C’est la zone grise de l’étiquette : un actif prestigieux peut y être placé juste après un ingrédient présent à 0,9 %, sans que rien ne permette de savoir s’il est dosé à 0,8 % ou à 0,01 %. C’est la limite majeure de l’exercice.

4. Parfums et allergènes

Les composants odorants peuvent être regroupés sous le terme générique PARFUM ou FRAGRANCE, ce qui protège les formules des parfumeurs. En revanche, 26 allergènes de contact doivent être déclarés nommément dès qu’ils dépassent un seuil : LIMONENE, LINALOOL, GERANIOL, CITRONELLOL, entre autres. Si votre peau réagit aux parfums, ce sont ces noms qu’il faut traquer.

Comment nous travaillons

Ce que cet article vérifie, et comment

Sources primaires
Règlement (CE) n° 1223/2009 dans sa version consolidée, base CosIng de la Commission européenne, rapports et avis publics de l’ANSM.
Statut réglementaire
Chaque seuil, interdiction ou restriction cité a été rapporté au texte qui l’établit. Les liens sont donnés en fin d’article.
Marques
Aucune marque n’a été contactée, aucune n’a relu ce texte. Aucun lien de cet article n’est rémunéré.
Ce que nous ne faisons pas
Nous ne mesurons pas les concentrations réelles d’un produit fini : cela demande un laboratoire analytique. Quand une donnée nous manque, nous l’écrivons.

Quiz : reconnaissez-vous ces noms INCI ?

Cinq questions pour tester votre œil avant d’aller plus loin. Chaque réponse est corrigée immédiatement, avec l’explication.

Cinq noms, cinq pièges

Correction immédiate — aucune inscription

Question 01

Sous quel nom INCI trouve-t-on l’acide hyaluronique dans la très grande majorité des formules ?

C’est le sel de sodium de l’acide hyaluronique, plus stable et de plus petit poids moléculaire. HYALURONIC ACID existe aussi, mais le sel domine largement les formules.

Question 02

Que désigne BUTYROSPERMUM PARKII ?

Nom latin, donc extrait végétal : c’est l’arbre à karité. La règle « latin = végétal » vous l’indiquait sans rien connaître de la plante.

Question 03

Un ingrédient figure en huitième position sur une liste INCI. Que peut-on en déduire ?

La position ne donne un classement fiable qu’au-dessus de 1 %. En dessous, l’ordre est laissé à la discrétion du fabricant — et beaucoup d’actifs agissent précisément à ces doses.

Question 04

Le PHENOXYETHANOL est autorisé en Europe jusqu’à quelle concentration ?

Le seuil réglementaire est de 1 % dans les produits cosmétiques. L’ANSM a par ailleurs recommandé de ne pas l’utiliser dans les produits destinés au siège des enfants de moins de trois ans.

Question 05

Vous lisez PARFUM puis LIMONENE en fin de liste. Pourquoi le second est-il nommé ?

Les composants odorants restent regroupés sous PARFUM, sauf les 26 allergènes de contact identifiés par la réglementation, qui doivent apparaître nommément au-delà d’un seuil.

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Les sept catégories d’ingrédients, décryptées

Une formule cosmétique n’est pas un empilement d’actifs : c’est un système. Chaque ingrédient y remplit une fonction, et les actifs n’en représentent qu’une petite part.

/ 01

Les actifs

Ils portent le bénéfice revendiqué : hydrater, exfolier, apaiser, atténuer.

SODIUM HYALURONATE · NIACINAMIDE · ASCORBIC ACID · RETINOL · SALICYLIC ACID

/ 02

Hydratants & émollients

Ils attirent l’eau ou limitent son évaporation, et donnent le confort.

AQUA · GLYCERIN · PROPANEDIOL · SQUALANE · huiles végétales

/ 03

Émulsifiants

Ils permettent à l’eau et à l’huile de cohabiter sans se séparer.

POLYGLYCERYL-… · GLYCERYL STEARATE · CETEARYL ALCOHOL · PEG-…

/ 04

Agents de texture

Ils règlent la viscosité et le toucher — le sensoriel, pas l’efficacité.

XANTHAN GUM · CARBOMER · CELLULOSE · SILICA

/ 05

Conservateurs

Ils empêchent la contamination microbienne. Indispensables en milieu aqueux.

PHENOXYETHANOL · SODIUM BENZOATE · BENZOIC ACID · parabènes autorisés

/ 06

Ajusteurs de pH

Ils amènent la formule au pH visé, souvent proche de celui de la peau.

CITRIC ACID · SODIUM CITRATE · SODIUM HYDROXIDE · LACTIC ACID

/ 07

Parfums & colorants

Ils travaillent l’expérience. Ils n’apportent aucun bénéfice cutané.

PARFUM · les 26 allergènes déclarés · CI 77891 · CI 19140

Nombreux produits cosmétiques de types différents disposés sur une table
Photo d’illustration — la diversité des galéniques complique la comparaison des formules. Photo pmv chamara / Unsplash

Le cas particulier des actifs

C’est là que l’intuition trompe le plus. Un actif en fin de liste n’est pas nécessairement décoratif, et un actif en tête n’est pas nécessairement bien employé. Le rétinol agit à 0,1 %, la niacinamide autour de 4 à 5 %, l’acide hyaluronique à 1 ou 2 % : trois ordres de grandeur pour trois actifs sérieux.

Ce que la liste INCI ne dira jamais : la concentration exacte, la qualité de la matière première, la stabilité de la formule dans le temps, et la façon dont l’actif traverse — ou non — la barrière cutanée. Trois formules avec la même liste peuvent avoir trois efficacités différentes.

Flacons de sérum posés sur un fond neutre, accompagnés de feuillage
Photo d’illustration — les sérums concentrent les actifs, souvent efficaces à faible dose. Photo ibnu ihza / Unsplash

Bénéfiques, encadrés, à éviter : le tableau de lecture

Voici comment nous situons huit ingrédients que vous croiserez presque partout, au regard de leur statut réglementaire européen et de l’état des connaissances publiques.

Statut réglementaire européen au 17 août 2026 — sources : règlement (CE) n° 1223/2009, CosIng, ANSM
Nom INCI Nom courant Rôle Statut UE Ce qui se discute Notre lecture
SODIUM HYALURONATE Acide hyaluronique Hydratation de surface ✓ Autorisé Effet limité à la surface selon le poids moléculaire Très bien toléré
NIACINAMIDE Vitamine B3 Sébum, éclat, barrière ✓ Autorisé Aucune controverse notable Solidement documenté
RETINOL Rétinol Anti-âge ✓ Autorisé, encadré Seuils resserrés ; déconseillé pendant la grossesse Efficace, à introduire lentement
ASCORBIC ACID Vitamine C pure Antioxydant, éclat ✓ Autorisé S’oxyde vite : la formulation fait tout Bon si le flacon protège
PHENOXYETHANOL Phénoxyéthanol Conservateur ✓ Autorisé — 1 % max Restriction ANSM pour le siège des moins de 3 ans Sûr au seuil réglementaire
METHYLPARABEN Parabène court Conservateur ✓ Autorisé, limité Débat sur l’effet endocrinien ; 5 parabènes longs interdits en 2014 Toléré, alternatives possibles
METHYLISOTHIAZOLINONE MIT Conservateur ✗ Interdit sans rinçage Allergène de contact reconnu, à l’origine d’une vague de dermatites À éviter
ALCOHOL DENAT. Alcool dénaturé Solvant, toucher sec ✓ Autorisé Inconfort et irritation sur peaux réactives à forte dose Selon la peau et la place dans la liste

Les ingrédients qui font débat : ce que dit la réglementation

Parabènes : encadrés, pas bannis

Les parabènes à chaîne courte — METHYLPARABEN, ETHYLPARABEN — restent autorisés en Europe, avec des seuils précis. Cinq parabènes à chaîne longue ont en revanche été interdits en 2014, faute de données de sécurité suffisantes : isopropyl-, isobutyl-, phenyl-, benzyl- et pentylparabène.

Notre lecture : aux doses autorisées, les parabènes courts sont parmi les conservateurs les mieux étudiés. Si vous préférez les éviter par choix personnel, des alternatives existent — mais la formule qui les remplace n’est pas automatiquement plus douce.

Phénoxyéthanol : la peur excède les données

Autorisé jusqu’à 1 %, le phénoxyéthanol a fait l’objet d’une évaluation de l’ANSM, qui a conclu à un usage acceptable à cette concentration, tout en recommandant de l’écarter des produits destinés au siège des enfants de moins de trois ans.

Notre lecture : l’écarter systématiquement, chez l’adulte, ne repose pas sur les données publiques disponibles.

MIT : le vrai sujet

La méthylisothiazolinone est interdite dans les produits sans rinçage et strictement limitée dans les produits rincés. C’est un allergène de contact bien identifié, dont l’usage massif a coïncidé avec une hausse des dermatites.

Notre lecture : c’est l’ingrédient de cette liste qui justifie le plus clairement une vigilance à l’achat.

Naturel contre synthétique : un faux procès

Une huile essentielle est un concentré de molécules actives, dont plusieurs figurent parmi les 26 allergènes à déclaration obligatoire. Un émollient de synthèse comme le squalane est, à l’inverse, remarquablement inerte. L’origine ne prédit rien : la dose, la pureté et la stabilité, si.

Flacons cosmétiques en verre noir et blanc alignés
Photo d’illustration — sans conservateur, une formule aqueuse se contamine en quelques jours. Photo Kier in Sight Archives / Unsplash

Questions fréquentes

Pourquoi certains noms sont-ils en latin et d’autres en anglais ? +

C’est la règle de la nomenclature : le latin, via le nom botanique, identifie sans ambiguïté une espèce végétale d’un pays à l’autre ; l’anglais désigne les substances chimiques. La conséquence pratique est utile — la langue du nom vous renseigne déjà sur la nature de l’ingrédient.

Un ingrédient en tête de liste est-il forcément le plus efficace ? +

Non. L’ordre traduit la concentration, pas l’efficacité. L’eau ouvre la plupart des listes sans être l’actif du produit, et beaucoup d’actifs agissent entre 0,1 et 5 %, donc loin des premières places.

Comment reconnaître un produit réellement « naturel » ? +

Il n’existe aucun marqueur INCI de la naturalité, et le mot n’a pas de définition réglementaire en cosmétique. Vous pouvez repérer la part d’ingrédients d’origine végétale aux noms latins, mais cela ne dit rien de la tolérance : un extrait botanique concentré peut être plus irritant qu’un émollient de synthèse.

Que cache exactement la mention « Parfum » ? +

Un mélange de composants odorants, protégé au titre du secret de formulation. La contrepartie est que 26 allergènes de contact doivent être déclarés nommément dès qu’ils dépassent un seuil : c’est là qu’il faut regarder si votre peau réagit aux parfums.

Faut-il éviter tous les produits contenant du phénoxyéthanol ? +

Rien dans les données publiques ne le justifie chez l’adulte, à la concentration autorisée de 1 %. La restriction documentée concerne les produits destinés au siège des enfants de moins de trois ans.

La liste INCI permet-elle de comparer deux crèmes ? +

Partiellement. Elle permet de comparer la nature des formules, la présence d’allergènes et la place des actifs revendiqués. Elle ne permet pas de comparer des efficacités, puisque les concentrations exactes et la qualité des matières premières n’y figurent pas.

Notre verdict : un outil réel, dans des limites réelles

Ce que la liste INCI vous donne

  • La composition complète, sans omission possible : c’est une obligation légale.
  • Un langage unique, identique d’une marque et d’un pays à l’autre.
  • Le repérage des allergènes déclarés, décisif pour les peaux réactives.
  • La nature réelle d’une formule, souvent éloignée du discours du packaging.

Ce qu’elle ne vous donnera pas

  • Les concentrations exactes, hors des premiers rangs.
  • La qualité des matières premières, ni la stabilité de la formule.
  • L’efficacité du produit fini, qui dépend aussi de la galénique.
  • Votre tolérance personnelle, que seul l’usage révèle.

Comment nous vous conseillons de l’utiliser

Comme un filtre d’entrée, pas comme un verdict. Lisez les six premiers ingrédients pour situer la formule, cherchez les allergènes qui vous concernent, vérifiez que l’actif annoncé est bien présent — puis tranchez à l’usage, sur votre peau, en laissant trois semaines à un produit avant de le juger. Et pour toute question de santé cutanée, l’étiquette ne remplace pas un dermatologue.

Notre conviction, pour finir : la crainte des ingrédients de synthèse est souvent moins fondée que la confiance accordée à certains ingrédients naturels mal dosés. La dose fait le risque, pas l’origine.

Sources

Transparence

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